Paris s'est démené pour faire mentir les soupçons d'arrogance
Si la présidence française de l'Union européenne s'est trouvée rattrapée par le non irlandais au traité de Lisbonne, qui bouleverse le calendrier européen et repose la question de la légitimation de l'UE auprès des opinions publiques, personne ne pourra dire que la France ne s'y est pas préparée cette fois avec minutie. L'expérience douloureuse du sommet de Nice, en décembre 2000, à l'issue de la dernière présidence française, était là pour inciter à la vigilance.



Du mont Blanc aux médaillés des JOL'illumination de la tour Eiffel en bleu, couleur de l'Europe, lundi 30 juin à minuit, marquera le lever de rideau d'une présidence française qui, d'ici au 31 décembre, entend aussi se décliner en événements publics. Le 1er juillet, les drapeaux français et européens seront déployés côte à côte pour une cérémonie sous l'Arc de triomphe. Le mont Blanc, que graviront 27 femmes des 27 pays européens, sera mis à contribution pour porter haut l'ambition de cette présidence, qui célébrera aussi à Paris, à l'automne, les lauréats européens des JO de Pékin.
Jacques Chirac et son premier ministre socialiste Lionel Jospin ont été accusés d'avoir très mal défendu les intérêts français dans la négociation finale du traité de Nice face aux exigences croisées des Allemands, Polonais et Espagnols. " On était alors en cohabitation, se défend un diplomate qui a vécu les deux situations. Cette fois-ci, l'Elysée et le gouvernement ont travaillé dans une véritable osmose."

Très vite, fin 2007, alors que la cote du chef de l'Etat se dégradait en France mais aussi dans les capitales européennes, où il agaçait, l'Elysée a compris qu'il allait droit dans le mur si l'impression continuait à prévaloir que la France n'allait en faire qu'à sa tête. Le secrétaire d'Etat aux affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet, qui n'a pas raté une seule séance plénière du Parlement européen et ne cesse de circuler entre Bruxelles et les autres capitales, a très tôt relayé les avertissements.

Le contre-feu était d'autant plus urgent que l'affaire de l'Union pour la Méditerranée, lancée de manière intempestive par Henri Guaino depuis l'Elysée, suscitait à la chancellerie allemande les foudres d'Angela Merkel, furieuse du cavalier seul des Français au sud.

M. Sarkozy a compris qu'il ne gagnerait rien à une telle confrontation et, selon son style, a entrepris de déminer le terrain en décidant de se rendre, ou d'envoyer son premier ministre François Fillon, dans chacune des capitales. Il a multiplié les gestes à l'égard du Parlement européen, traditionnellement négligé par les autorités françaises, mais qui joue un rôle de plus en plus décisif dans l'adoption des législations européennes. Le chef de l'Etat a reçu un à un les présidents de tous ses groupes parlementaires - une première - puis tous ensemble à déjeuner, le 25 juin, lors de la venue à Paris de sa conférence des présidents.

" Tout cela a beaucoup aidé. Mon ami Schulz (le chef du groupe socialiste) était très impressionné", confie le Français Joseph Daul, le président du groupe PPE (droite). Le président du Parlement, Hans-Gert Pöttering, chrétien-démocrate allemand, a publiquement assuré la France de tout son appui.


"UNE VRAIE ATTENTE"


Dans les coulisses, les ministres, en premier lieu ceux concernés par les grands dossiers de la présidence, se sont activés à l'unisson pour ne pas rater le rendez-vous. A commencer par Jean-Louis Borloo, le ministre de l'écologie, responsable du paquet "climat-énergie", qui sera le grand marqueur de la réussite de la présidence. "Le climat va être notre grande bataille", explique le ministre, qui a réussi à débaucher pour l'aider le DG Environnement de la Commission, le Danois Peter Carl. Un transfert qu'il compare à "celui d'un Ronaldinho dans le football".

Christine Lagarde, à Bercy, a eu la partie moins facile pour défendre la politique budgétaire française. Le ministre de l'immigration, Brice Hortefeux, a effectué, lui, pas moins de dix-huit déplacements pour défendre son "pacte européen sur l'immigration et l'asile".

L'ex-commissaire Michel Barnier, ministre de l'agriculture, qui a eu du fil à retordre pour défendre à Bruxelles les pêcheurs, on encore Xavier Bertrand, le ministre du travail, n'ont pas été en reste ; quoique ce dernier ait été pris en défaut par la gauche pour n'avoir pas imposé la politique sociale parmi les priorités de la présidence.

La critique s'est trouvée renforcée par le non irlandais, les inquiétudes devant la montée de l'inflation et des prix du carburant. "La France est attendue au tournant", estime l'eurodéputée PS Pervenche Berès, présidente de la commission des affaires économiques. Ce que M. Jouyet traduit différemment : "On n'en est plus à la critique de l'arrogance. Je sens monter une vraie attente. On compte sur nous pour démêler le plus possible de problèmes."

Service Europe-France le monde

Club-CSI.com : Dimanche 29 Juin 2008
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